L'éco-anxiété
Au-delà du registre écologique, d'un point de vue psychologique, l'éco-anxiété pourrait s'apparenter à une phobie : Elle fonde sa réalité d'un constat rationnel, le réchauffement climatique et ses conséquences désastreuses pour l'environnement, la biodiversité, jusqu'à la possible extinction de l'espèce humaine.
Inconsciemment, des schémas psychiques et affectifs peuvent déposséder les personnes éco-anxieuses de leurs ressources à préparer des solutions, à nourrir leurs relations propices à agir.
L'anticipation n'est ressentie que comme catastrophique plutôt que résiliente, peut-être à l'instar d'une histoire et d'un passé marqués déjà par la précarité de socles fondamentaux abîmés, conflictuels, problématiques, dissimulés par l'éco-anxiété ?
Neutralité du psychologue
L'objet et la fonction du psychologue ne sont jamais de juger ou d'arbitrer une opinion, une perception ! Même si le psychologue s'inscrit dans son temps, s'informe des connaissances, actualités et rapports scientifiques, il accompagne la pensée et les affects des personnes venant le consulter en proposant uniquement un éclairage en rapport avec ses compétences, c'est-à-dire de ses connaissances et expertises strictement psychologiques !
Le psychologue invite à discerner dans les ressentis anxieux des causes sous-jacentes qui, une fois verbalisées, favoriseront le retour à l'expression, aux liens sociaux et affectifs, restaurant l'initiative à discuter, à partager et agir, à la faveur des synergies collectives.
L'éco-paralysie et les symptômes associés à l'éco-anxiété
A force d'informations, de recherches sur les écosystèmes se dégradant, à force de constats d'incompréhension ou de volonté de changements qui n'aboutit pas avec autrui et soi-même, deux dynamiques potentiellement excessives et ambivalentes se mettent en place :
- A destination des proches (famille, amis), les recommandations pour préserver la planète et l'Humanité deviennent de plus en plus impérieuses ; Une forme de tyrannie écologiste s'exerce sur l'entourage et le militant éco-anxieux. L'écologie, le réchauffement climatique, l'extinction des espèces, ces sujets prennent toute la place. En outre, les relations se dégradent, l'animosité, la colère, les blessures affectives, les reproches, les insultes pleuvent et renforcent l'incompréhension mutuelle ainsi que les comportements agressifs.
- Par la suite ou dans le court-circuit direct de la dynamique conflictuelle, la personne éco-anxieuse s'isole, évite ce qui semble être tabou ou déconsidéré. Dès lors le combat devient intérieur pouvant prendre la forme de ruminations, pensées obsédantes, produisant un sentiment de dévalorisation, d'impuissance et de désespérance. Le stress et les symptômes psychosomatiques peuvent majorer cet état qui peut devenir manifestement dépressif. L'isolement et la rupture des liens sont flagrants et peuvent impacter toutes les sphères de vie de la personne éco-anxieuse.
C'est ainsi que l'éco-anxiété submerge les capacités relationnelles et cognitives. La peur anticipatrice paralyse, fait perdre leurs moyens aux personnes qui en souffrent. La sobriété se transforme en inhibition généralisée, ou des ruptures avec des proches sont décidées ou subies.
L'éco-anxiété éclairée par le concept de phobie
L'éco-anxieux, seul contre tous ! L'entourage qui idéalement est le creuset des soutiens de ses membres se trouve devenir le lieu de l'adversité : D'un combat pour alerter et promouvoir les bonnes pratiques environnementales, la personne éco-anxieuse en vient malgré elle à ouvrir un deuxième combat contre ses proches, contre elle-même et ses contemporains. La détestation de l'Humanité devient son économie existentielle.
Face à cette triple difficulté pour la personne éco-anxieuse de combattre en faveur de l'intérêt général, de combattre contre ses proches, contre les autres et contre l'Humanité, et de combattre in fine contre elle-même, il s'agit d'accueillir et d'accompagner les émotions angoissantes et l'anxiété bien réelles vécues plutôt que de convaincre ou de minimiser les problèmes.
La mise en perspective avec l'histoire de la personne qui consulte un psychologue pourra permettre d'identifier d'autres situations, d'autres contextes, d'autres relations, en référence à son passé et un vécu similaire infantile ayant pu provoquer des terreurs oubliées. Or, c'est parfois ce vécu ancien douloureux qui cause, nourrit, aggrave le trouble anxieux !
L'éco-anxiété fait alors office de catalyseur et d'écran, de censure à refouler les souvenirs liés au passé cependant que les émotions, les inquiétudes qui avaient existé refont surface dans la représentation sociale, bien tangible et délimitée qu'est l'éco-anxiété avec son discours rationnel, argumenté, factuel et actuel.
En concevant l'éco-anxiété comme une phobie, l'analogie structurelle des deux époques (infantile et intime, actuelle et universelle) a souvent pour coordonnées similaires les injustices, leur constat et leur dénonciation inaudible et une volonté de remédiation ou de réparation ou à minima de reconnaissance qui ferait consensus.
S'agira-t-il d'un système familial qui aura fait montre d'autoritarisme, qui n'aura pas eu le souci des besoins affectifs pour son enfant ? Aura-t-il existé des préférences, des privilèges pour tels membres d'une fratrie au point de léser certains ? La famille toute entière a-t-elle vécu une spoliation, un drame ou une tragédie du pot de fer contre le pot de terre ? La figure du problème peut être issue des générations vivantes comme de celles qui sont décédées. Son ou ses représentants peuvent avoir été privilégiés, ou au contraire abusés. Il pourra exister des identifications (partielles) à la victime, au maltraitant, et dans tous les cas au désir de la similarité de la cause muselé par le sentiment d'impuissance (sorte de signature phobique).
Ainsi, une ancienne problématique (possiblement d'inéquité, d'injustice ou de maltraitance familiale) viendrait s'actualiser à la faveur d'un déplacement dans une problématique actuelle reconnue scientifiquement, celle des effets délétères de l'homme dans sa prédation de la planète. C'est deux problématiques ont en commun de n'être pas considérées ni créditées par les personnes détentrices du pouvoir ! Elles sont intégrées dans des systèmes fermés organisés à les invisibiliser et / ou à ne leur octroyer que des droits caducs.
La résilience malgré l'éco-anxiété
L'enjeu va être de restaurer une confiance à pouvoir partager de nouveau, à apprivoiser vivre en relations bienveillantes et réciproques avec autrui. En consultation, l'évocation progressive des rapports de forces qui ont contribué à un climat pesant, injuste voire terrorisant dans l'enfance, va permettre de circonscrire les sentiments d'impuissance et le vécu d'impossible considération dans un récit partageable, une transmission consciente. La personne éco-anxieuse peut alors distinguer son ancien assujettissement lié à l'obéissance de son statut d'enfant, d'avec son nouveau positionnement éveillé d'être équipé et légitime à se faire entendre en tout temps.
La compréhension de l'actualité et du futur peut s'en trouver moins affectivée et entremêlée. Cette nouvelle disponibilité peut ouvrir à vivre l'actuel et l'anticipation de façon pragmatique non surenchérie par les aliénations passées : L'adaptation, la créativité, les dialogues, les partages, les relations affectives en confiance, les réalisations pouvant de nouveau être au rendez-vous.
De fait, dans les cas avérés de catastrophe naturelle, passés le choc et la sidération, ce qui se produit généralement spontanément c'est l'entraide, la solidarité. Ce maillage de la fraternité humaine est un remède à l'adversité et à l'indigence de crise. C'est éventuellement le temps où les hiérarchies statutaires et les pseudo priorités sont remises à plat au profit de l'urgence du sauvetage, du secours et de l'élan vital.
La nature, l'environnement, les lois naturelles ne trompent pas. Le psychologue peut contribuer à envisager la complexité humaine et à permettre l'explicitation des relations humaines afin de gagner en liberté au sein et avec les institutions humaines : Une personne éco-anxieuse a bien avantage à savoir discerner et cadrer ses liens avec ses proches galériens, à savoir exprimer ses désirs de s'en éloigner ou de pacifier avec eux, etc. afin que la galère puisse naviguer et éviter qu'à la tempête ne s'ajoute une énergie fratricide.