Ce mémoire décrit l'acte d'interpréter (de construire) comme un acte impossible, mais nécessaire. C'est de fait cet acte qui introduit le patient comme sujet. C'est lui aussi qui permet le "bougé" rendu possible par l'écartèlement de la signification et du sens en introduisant le non-sens. C'est lui enfin qui institue la relation transférentielle qui s'en nourrit.
Ce mémoire est à la fois le moins abouti et le plus pertinent.
Il est quasiment inachevé, mais ses imperfections restent à ce titre le départ de plusieurs nouvelles recherches.
Traditionnellement, la relation thérapeutique pose la question du transfert. Sans définir ici ce qu'est le transfert, c'est souvent du côté de ce qui se rejoue, et s'actualise dans la cure, que s'engage le travail d'interprétation, voire l'analyse du contre-transfert.
Or, il nous est apparu qu'on négligeait les investissements libidinaux, détachés ou non d'objets présents, - et cela de part et d'autre des pôles de la relation. - Il est pourtant sensible, quand même temps que s'effectue toute mise en place du transfert, chacun a affaire avec ses propres investigations et investissements libidinaux.
Dès lors, nous nous posons la question de savoir ce qui motive celui qui entreprend la démarche de venir parler à un psychologue. Est-ce une demande de reconnaissance adressée à l'Autre ? Est-ce une tentative d'en finir avec ses modalités de satisfaction, lorsqu'elle s'actualise dans le symptôme, et la répétition ? Toujours est-il, comme l'énonce Lacan, que le patient se satisfait pourtant bien de quelque chose.
Il n'en reste pas moins que du côté du psychologue l'interrogation est de mise sur ce qu'il met en jeu concernant sa jouissance à écouter les vicissitudes des patients, et son désir à vouloir toujours aller plus avant à découvrir les arcanes des relations humaines, et l'invention de Freud dans ce qu'il nomme l'inconscient.
Freud, à bien des tournants de l'exposé de sa discipline, témoigne de cette sorte de curiosité,
par des formulations frappantes :
C'est particulièrement sur la question de l'investissement libidinal - propre à chacun des participants au travail de thérapie -, que nous mettons à la disposition d'une " aptitude " à savoir et à apprendre, que nous voudrions consacrer ce travail.
A travers notre clinique, nous montrerons que la pulsion n'est envisageable qu'à impliquer la dimension de l'Autre du langage.
Ainsi nous essaierons de baliser le chemin que parcourt la pulsion dans le cadre du transfert et du contre-transfert ; et nous questionnerons ce qu'il en est du désir du sujet dans son rapport à cet Autre quand celui-ci est pris dans les leurres de la relation imaginaire.
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Parce que nous avons désiré interroger au plus près notre clinique, ce sera davantage le hasard des rencontres qui donnera sa tournure à notre mémoire, qu'une perspective déjà engagée. Nous gageons sur notre orientation thérapeutique, avant que d'user d'une théorie qui aurait ce privilège de dégager un savoir de notre sujet d'étude, mais en aucun cas ne laisserait à la surprise sa valeur de vérité quant à déloger la véritable place du sujet de l'inconscient.
Ce cheminement nous permettra de souligner combien toute action thérapeutique s'inscrit dans l'ordre symbolique.
De notre démarche de clinicien, et de par l'éthique à laquelle nous nous rallions, sans doute ce travail d'apparence décousue, trouvera-t-il sa place dans les champs de la technique, de la pratique, et de la praxis du psychologue.
Le psychologue travaille avec sa personnalité. Il offre au patient un savoir, un savoir-faire, un savoir être. Il est en effet le support des projections imaginaires du patient. Il est aussi le garant d'une déontologie qu'il exerce par sa pratique.
A travers l'acte de construction en analyse, ce que nous croyons distinguer, c'est un certain désir de l'analyste. Cette construction qui fait pourtant le quotidien du psychologue clinicien, nous aurions la " logique " de la considérer telle (non pas un acte) mais l'acte " impossible ". Impossible parce que si le psychothérapeute se propose de construire ses cas cliniques, ce ne peut être qu'un acte métaphorique. La psychanalyse, par exemple, parce qu'elle est un discours, tombe, elle aussi, sous le coup du champ Symbolique pour interpréter le Réel. Elle n'y accède pas en tant que tel.
La clinique sous transfert nous a fait découvrir un savoir particulier, le savoir inconscient. En effet, l'acte thérapeutique, à s'inscrire dans l'ordre symbolique, lève le refoulé. Auprès des enfants qui nous ont été adressés, ce refoulé a pris la figure singulière de l'action. Ils nous montraient ainsi combien toute relation doit nécessairement en passer par le discours de l'Autre pour prendre son sens.
Ce refoulé, éminemment sexuel, nous l'avons vu apparaître dans ses formes les plus archaïques. L'activité pulsionnelle des enfants tend inexorablement à interroger ce qu'ils entrevoient de leurs origines au travers de la scène primitive.
L'ontogenèse nous apprend ainsi que toute activité est sous-tendue par des motions pulsionnelles. Cependant, nous ne pouvons épingler la pulsion que parce qu'elle est structurée par le langage. C'est ainsi que le thérapeute n'a pas affaire directement aux pulsions mais bien à leur représentant psychique.
Dès lors le thérapeute s'appuie, pour déplacer le rapport du sujet à sa jouissance et à ses symptômes, sur un acte symbolique. Mais cet acte il l'adresse du lieu de l'Autre. C'est pourquoi il construit ou interprète, et ses constructions ne prennent leur valeur de révélation, que s'il est investi d'un supposé savoir par le patient.
Le patient projettera sur sa personne ce qu'il apprendra être son rapport à l'Autre du langage.
Du coup, les résistances du patient ne sont plus prises comme mécanismes de défense, mais bien comme de véritables perlaborations qui ouvrent le sujet aux champs des possibles.
Dans son rapport entre sa praxis et la doxa, le clinicien doit sans cesse réarticuler la théorie que lui enseigne le savoir psychanalytique dans la conduite de la cure, avec la notion de structure. Ceci lui permet de repérer le " mode de jouissance du sujet et le fonctionnement de son désir " afin de savoir comment agir avec la pathologie du patient.
La doxa est l'outil qui permet le cadre d'exercice du clinicien, car elle le marque du sceau de l'Ethique. Elle lui autorise son acte d'anticipation quand il prend son engagement à l'égard du patient. C'est cet engagement qui légitime et rend possible le travail d'élaboration psychique du patient. Mais son engagement, qui s'actualise par sa position thérapeutique dans le lien transférentiel ne produira ses effets que dans l'après-coup du déroulement de la cure.
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